Six jours avec l’association Masarang

Tout au long de l’année, les élèves de Seconde en enseignement d’exploration « Ecologie & Territoires » ont travaillé sur la déforestation en Indonésie, sur les ravages de l’industrie liée à la culture de l’huile de palme et aux sinistres conséquences pour la faune et la flore, mais aussi pour les paysans. La plupart de leurs actions étaient liées à l’ONG Masarang, implantée sur place, mais aussi à Hong Kong et aux Pays-Bas. Du 7 au 13 juin, ils se sont rendus sur place pour participer aux activités de l’association. Chaque élève répond à une question pour présenter le périple !

Lucy COTILLON : Expliquez-nous comment vous en êtes arrivés à organiser ce voyage en Sulawesi !

Nous sommes dix-huit élèves de Seconde en Écologie et Territoires cette année, avec M. Drémeaux comme professeur. Notre sujet : la biodiversité. Nous nous sommes retrouvés pendant deux heures, tous les mercredis après-midi pour étudier l’impact des actions de l’Homme sur les êtres vivants et les milieux. Nous nous sommes concentrés sur l’Indonésie, et M. Drémeaux nous a parlé des problèmes de déforestation dans la forêt indonésienne pour y planter des palmiers à huile. À cause de cette déforestation, de nombreux animaux tel que l’orang-outang perdent leur habitat naturel et sont en voie de disparition. Nous avons tous été bouleversés par ce problème dramatique, et décidâmes de nous rendre en Indonésie pour aider ces espèces et combattre la déforestation.

Alors commença notre mission : récolter de plus d’argent possible pour pouvoir faire ce voyage, ainsi que de sensibiliser les autres élèves, professeurs et parents sur l’impact des plantations d’huile de palme sur la biodiversité. Nous avons fait plusieurs ventes de gâteaux, de bracelets, de pâte à tartiner fabriquée maison (genre Nutella, mais sans huile de palme bien évidemment), de calendriers et de sucre de palme de l’association Masarang. Nous avons réussi à récolter un peu plus de 13 000 HKD, que nous avons pu dépenser pour notre voyage, notamment pour acheter des outils et des produits dont l’ONG a besoin. L’association Masarang utilise des palmiers à sucre (aren, à ne pas confondre avec les palmiers à huile) pour fabriquer du sucre, de l’éthanol et autre produits biologiques et bons pour la santé. C’est cette association qui nous a accueilli à Tasikoki, dans le Nord de la Sulawesi et nous a montré que si nous arrêtions la déforestation, nous arrêterons la rapide diminution des espèces rares, mais nous pourrons aussi proposer d’autres modèles sociaux et économiques aux populations locales.

Amel FOUAD : A quoi ressemble le centre Tasikoki ? Pouvez-vous décrire un peu les lieux ?

Le centre Tasikoki était assez spacieux (20ha) essentiellement de forêts où, ici et là, il y a des enclos pour des animaux ou des locaux techniques. Tout paraît très organisé. Un long chemin nous guidait chaque matin vers les animaux ou bien les plantes qu’on devait ramasser afin de nourrir ces pensionnaires ou encore vers la plage. Pour nous, c’était surtout très bien placé étant donné que nous avions la chance de bénéficier d’une vue magnifique qui nous émerveillait tous les jours. Pour nous détendre, il y avait, au-dessus de nos logements, une tour assez haute d’où la vue était incroyable, un balcon ainsi qu’une salle de jeu.

Victoria AIRAUT : Pas d’Internet pendant une semaine ! Pas trop dur ?

Les téléphones Ainsi que l’accès wi-fi nous ont été interdits pendant toute la semaine : panique totale ! Nous avons évidemment tenté de découvrir le mot de passe de la wi-fi du logement mais sans succès et nous avons donc passé toute la semaine sans pouvoir accéder aux réseaux sociaux, parler avec nos proches et, certes, au début, cela a été un grand choc. Mais à la fin du voyage, nous nous sommes rendus compte que nous nous étions tous rapprochés car au lieu d’être sur nos portables, nous avons discuté et joué ensemble pour faire passer le temps. Cette semaine passée en Indonésie a été une véritable détox ! Par contre, au retour à l’aéroport, la joie de retrouver la civilisation avec les réseaux sociaux et 200 notifications affichées sur l’écran était tellement grande que nous avons vite abandonné cette cure pourtant saine…

Thomas LAINE : Debout à 5h30 et couché à 21h30… drôle de rythme pour des adolescents. Pourquoi ?

En effet, les heures de sommeil pendant ce séjour ont été raccourcies par les activités effectuées très tôt tous les matins et les abondants travaux quotidiens. Les tâches du matin nous forçaient à nous lever avec le soleil et à aider les volontaires sur place dès l’aube avant de retourner au centre pour le petit déjeuner. Le reste des journées étaient remplies, ne nous laissant que du temps de repos pendant les trajets de bus ou occasionnellement une précieuse heure et demie de relaxation/sieste à l’heure du déjeuner. Le soir en rentrant au centre, le soleil était souvent déjà couché et après le dîner, les jeux de cartes et les tentatives de socialisation étaient vite abandonnées pour pouvoir dormir. Ce rythme a été assez perturbant pour nous les adolescents étant donné que lorsqu’il serait normalement l’heure de commencer les cours à l’école, nous avions déjà accompli une activité ainsi que mangé le petit déjeuner et nous étions déjà plein de sueur ! La plupart d’entre nous (ou la totalité) n’étions pas habitués à ce genre de rythme et cela a été étrange de nous réveiller si tôt tous les jours, que les journées soient si pleines et intenses, et de nous coucher si tôt tous les soirs.

Naïra PENBEYAN : A priori, vous n’étiez pas seuls dans les chambres ! Avec qui avez-vous cohabité ?

Pendant notre séjour à Masarang, nous étions supposés être six filles ou garçons par chambre. Mais comme nous étions dans un milieu très proche des animaux, nous avons dû cohabiter avec différentes espèces d’insectes. Tout d’abord un drôle d’animal nommé Pauline, qui a dormi avec moi pendant tout le voyage ! Il y avait aussi des cafards qui nous rendaient souvent visite pendant la nuit et, surtout, nos amies préférées, de grosses araignées grandes comme la main. L’un des volontaires nous a expliqué qu’elles étaient inoffensives ; comme nous ne voulions pas les tuer, il les prenait dans sa main pour les sortir de la chambre. Il y avait bien sûr toutes sortes de sauterelles et autres bêtes qui se trouvaient à l’intérieur… et un chat qui ne chassait rien. A part ces petits désagréments et se rapprochement pas toujours apprécié avec les insectes et autres arachnéens, nous avons passé un magnifique séjour !

Benoit CUVELIER : Quels autres animaux avez-vous rencontré dans le centre Tasikoki ?

J’ai rencontré pas mal d’autres animaux dans le centre Tasikoki, de tout sorte… des cacatoès aux orang-outang. Les premiers que j’ai pu voir sont des cerfs. On a pu les rencontrer dès le premier jour en arrivant puisqu’ils possèdent un immense enclos le long des logements. Ils étaient nombreux et ils sont très curieux ! Avec eux, il y a des babiroussas, une espèce de sanglier avec des cornes qui sont en réalité ses dents qui poussent à travers la mâchoire ! Dans les jours suivants, j’ai pu rencontrer d’autres animaux, et notamment de nombreuses quantité d’oiseaux, chacun de différentes espèces, ou le plus nombreux d’eux sont de la famille des perroquets. Il y a aussi plein de singes d’espèces différentes, notamment des macaques nègres qui sont soignés après avoir été récupérés. Globalement, ils étaient tous bien actifs et excités ! Nous avons préparé de la nourriture pour eux, mais il faut éviter de les approcher car l’objectif est de les relâcher dans la nature quand ils seront prêts. Les derniers animaux que j’ai rencontrés sont les ours malais (Sunbears en anglais), ce sont des ours mignons mais assez dangereux, capables de faire de grandes blessures avec leurs griffes et dents pointus. Il y a également des crocodiles dans le centre, mais je n’ai pas pu les voir car on nous a dit que l’un d’eux s’était échappé et qu’il serait dangereux d’essayer de s’approcher de cette zone. L’un des volontaires, Gavin, pense que c’est grâce à lui que les braconniers n’osent pas rentrer dans le centre…


À la rencontre des macaques nègres

Angèle DETILLEUL : Vous avez passé du temps à tout chambouler dans l’enclos des ours, quel intérêt ?

Les ours sont des animaux sauvages qui doivent vivre en liberté, leur habitat est donc par conséquent sans limite et il est ainsi évident que lorsqu’ils se déplacent les alentours changent. En revanche Bin Bin et Bon Bon (les deux ours malais sauvés du commerce par Masarang lorsqu’ils étaient petits) sont condamnés à occuper le même enclos suite aux actions destructrices des humains qui ont mis leur habitat et leur sécurité en danger. Ils ne pourront malheureusement jamais être libérés dans la nature puisqu’ils n’ont jamais appris à être indépendants. C’est pourquoi nous avons essayé de renouveler le décor de l’enclos en déplaçant des pierres, des troncs, des feuilles de palmier afin que les ours aient l’impression de redécouvrir l’endroit. Il faut tout de même faire attention à ne rien placer trop près des parois de l’enclos, ces ours sont très intelligents et capables de faire le mur… ce qui est arrivé pendant notre séjour, et ce n’était pas la première fois !

Flore DE QUATREBARBES : Que s’est-il passé dans la nuit du mardi au mercredi à 3h17 ?

Dans la nuit du mardi au mercredi à 3h17, nous avons vécu un tremblement de terre de magnitude 6,3. Certains ont été réveillés par les secousses tandis que d’autres n’ont rien laissé perturber leur sommeil. Avec une amie, nous étions réveillées et un peu paniquées ; par réflexe, nous avons donc couru sous une table en attendant la fin des secousses qui s’étaient arrêtées avant même que nous atteignîmes la table… Heureusement, ce tremblement de terre n’a pas eu de conséquences ni sur les animaux, ni sur les infrastructures.

Roxane DE TALANCE : Vous avez visité l’usine de Masarang. Que s’y passe-t-il ? Que produit-on ?

Dans l’usine de Masarang, ils préparent du sucre de palme essentiellement mais aussi de l’éthanol produit de manière écologique pour les voitures ou autres véhicules. Nous avons observé la vieille usine, puis les nouvelles installations. Billy, notre guide, nous a expliqué que la plus ancienne était en rénovation pour ne pas prendre de risque. Nous avons vu l’usine à sucre là, où ils font bouillir le sirop de palme pour ne garder qu’une poudre de sucre. Nous pouvions voir beaucoup de fumée en dehors de l’usine, il s’agit des centrales géothermiques installées à proximité. Les deux entreprises fonctionnent ensemble : la centrale la plus proche donne de l’énergie et l’usine envoie l’eau de ses bassins pour le refroidissement. Au final, c’est une économie durable et une industrie pérenne.


La cuisson du sucre de palme

Léa DESOUBRIES : Pourquoi le sucre de palme est-il très différent de l’huile de palme ?

Le sucre de palme est un produit issu de la sève du palmier à sucre, celui-ci peut produire jusqu’à 20 litres de cette sève par jour et peut couler pendant plusieurs mois. Nous avons d’abord un sirop qui peut être une boisson puis, pour obtenir le sucre, il doit être cuit dans une immense poêle pendant 4-5 heures. Ce palmier a aussi beaucoup d’autres fonctions. On peut utiliser ses feuilles pour faire du papier et son bois pour des constructions ou encore de l’artisanat. Les récoltes n’ont pas de conséquence sur l’environnement car les arbres continuent à pousser après avoir été utilisés et ils restent au milieu de la forêt.

Quant à l’huile de palme, c’est une huile végétale issue de la pulpe des fruits du palmier à huile, une espèce bien différente. Sa production a des impacts sur l’homme (riche en acide gras saturé), mais surtout sur l’environnement. Afin de planter les palmiers produisant l’huile de palme, les producteurs brulent des hectares de forêts primaire ou secondaire, détruisant ainsi l’équilibre naturel et la biodiversité. Les conséquences sur les animaux habitant dans ces forêts tels que les orang-outan sont catastrophiques. Le sucre de palme est différent de l’huile de palme car malgré son utilisation dans beaucoup de produits, son exploitation est mauvaise pour l’environnement, contrairement au sucre de palme qui est un produit naturel et dont la  production est beaucoup plus écologique.

Issey TCHITCHIAMA : Vous avez également plantés des arbres à trois reprises… quel intérêt ?

La première fois que nous avons planté des arbres, c’était pour reboiser un endroit ayant été endommagé par un feu. La terre était dure ; certains groupes avaient déjà eu le cours d’agroforesterie et savaient mieux s’y prendre… Cependant, une fois que l’on s’est acharné sur un petit trou dans la terre, que l’on a minutieusement déchiré le plastique recouvrant la jeune pousse et sa terre – le plastique est recyclé bien sûr – il ne reste plus qu’à tasser et protéger. On se sent fiers d’avoir mis cette jeune pousse dans un endroit où elle pourra s’épanouir. La deuxième opération a eu lieu lorsqu’on revenait d’un long périple – visite d’un cratère, danse avec des guerriers – et nous gravîmes une montagne, jusque dans une forêt tropicale où nous avons plantés, çà et là, de nombreux arbres fruitiers qui pourront servir à améliorer les revenus des paysans (et donc les inciter à ne pas couper cette forêt). Enfin, l’atelier dédié à l’activité en elle-même, l’agroforesterie, pour nous montrer l’art de rempoter une pousse avec de la terre, à partir d’un espèce d’humus décomposé et de masse biodégradable. Je dirais qu’avant tout, l’agroforesterie est une science importante car les arbres sont incontestablement des éléments essentiels à notre survie. Savoir en planter pour créer des environnements sains, que ce soit pour des orang-outangs menacés ou pour nourrir la terre, c’est important. C’est pourquoi il était nécessaire de planter ces jeunes pousses, qui finalement se plantent facilement (sauf pour le trou dans la terre, ça a mis plus de temps) mais qui seront là pour des décennies à venir, en veillant sur l’humanité.

Hugo DRUENNE :  A quoi sert la nurserie de Tasikoki ? Qu’avez-vous fait là-bas ?

La nurserie est un des endroits les plus importants de Tasikoki. Elle est constituée de toits en toile qui recouvrent des milliers de petits pots contenant des pouces d’arbres. Ces végétaux sont destinés à être plantés soit dans le centre afin, plus tard, de fournir de la nourriture aux animaux sur place ; soit à être plantés dans d’autres endroits dans la région pour favoriser la reforestation et pour limiter l’érosion des sols tout en donnant un petit revenu à des fermiers. Lors de notre activité à la nurserie, Simon, une des personnes qui nous accompagnait tout au long de notre séjour, nous présenta l’endroit ainsi que son importance pour Tasikoki. Avec lui, nous avons beaucoup discuté de l’importance de la gestion durable des cultures et des forêts. Il nous expliqua que chaque mois plus au moins un millier d’arbres sont plantés dans la nature grâce à cette nurserie ; jamais assez selon lui. Ensuite, nous avons placé de jeunes plantes dans de petits sacs, avec un mélange de terre composée de charbon et de compost. Ces pousses peuvent grandir à l’abri et en sécurité avant d’être plantés dans la nature quand elles atteindront une certaine maturité. Enfin, nous avons nous-mêmes plantés de petits arbres, à côté de la nurserie, en vérifiant à chaque fois si la localisation de la plante était la meilleure : une exposition suffisante au soleil, une source de nutriments convenable, peu de compétition avec d’autres végétaux, etc.

Pauline FLAVIANO : Racontez-nous l’histoire de Pénélope et Naïra !

Lors de notre séjour à Tasikoki, nous avons fait un tour à Tulap, la plage des tortues réputées comme un célèbre lieu de ponte. Nous avons aidé de petites tortues qui venaient de naitre à gagner la mer. Les tortues de mer connaissent de nombreux dangers tels que la pollution, les prédateurs ou le braconnage. Les tortues creusent un trou dans le sable avec leurs pattes et peuvent pondre au moins 60 à 100 œufs. Sur 1 000 naissances, seulement 20 arrivent à l’âge adulte naturellement. Avec l’intervention des hommes (pollution, braconnage), ce chiffre se réduit à deux… Il est donc nécessaire de faciliter un peu les choses. Nous avons vu naitre deux bébés tortues « Naira » et « Pénélope » en début de soirée. Elles sortent généralement du sable la nuit, lorsque la température a baissé. Quand elles émergent, elles se dirigent vers la lumière. Ainsi, nous les avons guidées avec nos lampes torches afin de les conduire vers la mer, en essayant de créer des petits chemins et en faisant attention aux prédateurs voraces comme les crabes. Cette expérience m’a beaucoup plu, c’était très émouvant et unique, surtout quand on se dit que l’on a aidé une espèce à survivre. Le moment où les tortues sont rentrées dans l’eau était très touchant.

Basile JUDET : Dans la réserve de Tangkoko, vous vous êtes retrouvés entourés par une horde de 90 macaques nègres… ça fait quel effet ?

Dans la réserve, nous avons marché quelques temps afin de nous aventurer plus profondément dans la nature en espérant retrouver l’une des deux hordes de macaques nègres qui y vivent. Lorsque nous les avons enfin vus, tous les élèves ont été surpris par leur comportement et leur attitude qui s’apparentaient à ceux des humains. En effet, ces macaques vivaient en colonie, on aurait dit une société humaine. De plus, au fil de notre marche, les macaques semblaient nous suivre avec curiosité mais distance comme pour établir un contact.

Ninon GAUTHIER : Tous les repas végétariens, hormis un dîner ! Comment ça s’est passé ?

Petite surprise en arrivant : manger de la viande n’était pas inclus dans le programme ! Ou plutôt, il était prévu de nous faire réfléchir sur nos habitudes alimentaires. Eh oui, le premier plat en face de nous ne contenait pas du poulet gratiné mais du tofu, source de protéines tout comme les œufs que nous avons eu pendant la semaine. Avec des menus variés issus de la cuisine locale, nous avons passé la semaine à manger végétarien. Etrangement, cette habitude alimentaire ne nous a pas gêné. Effectivement, personne ne s’est plaint d’un manque insoutenable de chair animale et cet acte vers une consommation plus respectueuse et écologique nous a montré que l’on pouvait très bien manger sans nécessairement avoir de la viande.

Tanguy GIBLAS : Sur la plage, vous avez ramassé 276kg de déchets ! Triste record… Pourquoi ?

Les gens n’utilisent pas de poubelles dans cette région d’Indonésie, et ils jettent donc sur les plages et dans la mer ce qu’ils n’utilisent plus. Ils ne se rendent pas compte des dégâts qu’ils causent car jusqu’à une époque récente, tout était naturel ou biodégradable (ou presque). Leurs modes de consommation ont changé (couches jetables, verres en plastique, pailles, boites en polystyrène, etc.) et ils n’ont pas reçu l’éducation en conséquence étant jeunes… Ils n’ont pas appris à utiliser des poubelles ou à trier les déchets qui ne peuvent se dégrader dans la nature.

Victor MAITRE : Sur une photo, on vous voit tous couverts de boue… qu’est-ce qui s’est passé ?

Nous essayons d’avancer dans la construction d’un énorme enclos pour les tortues rescapées qui ne pourront plus vivre dans leur milieu naturel. Les volontaires de Masarang avaient déjà bien commencé en creusant un passage ! Nous avons aidé à renforcer les murs de ce bassin avec des roches et de la boue (un ciment naturel). Nous étions organisés en groupes : soit on faisait du ciment naturel soit on aidait sur les murs. Cette organisation était vraiment sympathique et nous a rapproché entre amis car on travaillait ensemble et chacun pouvait compter sur l’autre !

Alix COLLIN : Alors, le lever de soleil à 5h le dernier jour, c’était comment ?

Le dernier jour, nous devions nous lever à 5h45 du matin pour ramasser de la nourriture pour les animaux. Un certain nombre d’entre nous avons décidé de nous lever une heure plus tôt afin d’assister à un lever de soleil au beau milieu de l’Indonésie. Malgré le réveil particulièrement aux aurores, les nombreux moustiques et un ciel d’humeur nuageuse n’attendant pas les retardataires, ce lever de soleil reste un moment marquant où le temps sembla s’arrêter. Depuis la plate-forme du centre, nous avions une vue à 360 degrés où le paysage paraissait s’offrir à nous. Le soleil n’était que partiellement au rendez-vous puisqu’il était recouvert et nous ne pouvions qu’apercevoir un halo colorant des nuages de différentes formes. Le monde apparaissait plus beau et tranquille, sans bruits d’origine humaine et sans personne encore levé, nous donnant l’étrange sensation d’être seul face à lui. Cet instant relaxant nous a permis de confirmer la citation trop souvent utilisée et trop peu vérifiée que « Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt ». Ce proverbe français me paraissant décrire en toute objectivité le sentiment qu’on ressentait.

Alix Collin

Mme Virginie JULIEN : Selon vous, quel a été le moment le plus instructif du voyage pour les élèves ?

Ce voyage fut une expérience nouvelle et unique pour un certain nombre de nos élèves. En effet, plus de connections avec le monde extérieur (en absence de wifi), notre groupe était centré sur les activités proposées par le centre. Un des moments qui restera privilégié c’est la rencontre imprévisible avec les animaux sauvages : la naissance et l’accompagnement de Pénélope dans son milieu naturel, la rencontre avec le groupe de macaques noirs. Dans un monde où l’homme contrôle son environnement et ses communications, nous avons mis les élèves dans une situation où l’homme était en retrait et son rôle mineur. La rencontre fut d’autant plus belle : voir les élèves en contact avec des animaux sauvages dans leur milieu naturel, leur fait prendre conscience de toute la beauté de ce partage et se rendre compte aussi de toute la fragilité de ces écosystèmes fut pour ma part une expérience enrichissante. Le travail que fait l’association Masarang est exceptionnel : faire prendre conscience aux jeunes générations que le milieu naturel est fragile et que l’homme de par ses actions à le pouvoir de le détruire ou au contraire de préserver toute ces richesses. Participer à ce voyage restera une expérience sur le plan professionnel et sur le plan humain riche en partage. J’ai eu vraiment le sentiment de participer à la transmission de valeurs fondamentales.

M. François Drémeaux : est-ce qu’il y a un autre moment du voyage qui vous a paru important ?

Oui ! Le dernier jour, l’ONG Masarang nous a permis de rencontrer une école locale. Pendant toute une après-midi, nos élèves ont pu échanger avec des jeunes de leur âge. La communication était parfois difficile car notre groupe ne maîtrise pas l’indonésien et ces élèves n’ont que des rudiments d’anglais ; malgré tout, avec des dessins, des signes et beaucoup de bonne volonté de chaque côté, des messages sont passés. Les élèves de Hong Kong ont raconté leur voyage, les élèves de la ville ont expliqué leur vie quotidienne. C’est une génération nouvelle qui est en train de changer le visage du pays, ils sont très conscients des problèmes environnementaux. Il n’était pas question d’un rapport à sens unique où notre groupe aurait appris des choses à ces adolescents, au contraire d’ailleurs. Il y a eu un échange de qualité. La journée s’est terminée par une partie de basket et quelques tours de chants, c’était une belle manière de clôturer ce voyage !

Un rapide aperçu de l’ambiance

Montage réalisé par Basile Judet, Tanguy Giblas et Thomas Lainé

1 comment for “Six jours avec l’association Masarang

  1. TOURAINE
    2 octobre 2016 at 15:09

    Si seulement nos élèves français dans nos établissements en France pouvaient vivre ce genre d’expérience!
    Quelle extraordinaire prise de conscience, quel bonheur de voir que l’on peut se passer d’internet et de téléphone de temps en temps pour laisser la place aux échanges et à la solidarité! Oui notre planète est si belle, il faut absolument la protéger.
    Annie Touraine, institutrice en retraite et très sensibles à tous ces problèmes.

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