«La photographie : entre pickpocket et funambule» – Henri Cartier-Bresson vu par Pierre Assouline

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Après la projection du documentaire sur Cartier-Bresson, une intéressante discussion s’est engagée (crédit : LFIS)

Dans la matinée du vendredi 6 mai, les élèves de Première ES et L ont eu la chance de recevoir une personnalité exceptionnelle : Pierre Assouline, un grand journaliste, romancier et biographe français.

Nous avons tout d’abord visionné un documentaire réalisé par Pierre Assouline en 2012, “Le siècle de Cartier-Bresson”. Il retrace le parcours du photographe considéré comme l’un des pionniers du photojournalisme et du reportage moderne. Assouline, le réalisateur, narre la grandeur de celui-ci à travers un montage singulier : la voix de Cartier-Bresson (tirée d’archives enregistrées) accompagne un défilé de ses photographies les plus saillantes. Dans un second temps, Pierre Assouline nous a parlé de sa vie et a approfondi celle de son ami, Cartier-Bresson. Notre invité d’honneur a ensuite répondu à nos interrogations et autres curiosités.

Véritable icône de la photographie, Henri Cartier-Bresson a immortalisé de nombreux instants historiques ayant marqué le XXe siècle. Il est renommé pour sa capacité de cueillir « l’instant décisif », et capturer l’élément d’irréel dans la réalité. Né en 1908 dans une famille bourgeoise, il décide à dix-huit ans d’entreprendre une carrière artistique. Ainsi, il fréquente l’atelier de peinture du cubiste André Lothe. C’est là qu’il apprend à regarder, à construire son regard. Lors de cette période, Cartier-Bresson rencontre André Breton, Max Ernst et commence ainsi à fréquenter les surréalistes. Assistant aux réunions du mouvement, Cartier-Bresson est marqué par l’attitude d’esprit surréaliste. Dans les années 1920, il découvre la photographie : il est alors ému par le regard sur la vie que possède cette technique, cette « chose intuitive qui colle à la réalité », dit-il.

Au retour de son premier voyage lors de sa vingt-et-unième année, Henri Cartier-Bresson prend une décision : devenir photographe. Ce voyage en Afrique a effectivement marqué son acuité visuelle à vie. Alors, il achète un Leica. Il commence à photographier de plus en plus, voyageant en Europe de l’Est, au Mexique, et à New York, en passant par l’Italie et l’Espagne. À partir des années 1930, Cartier-Bresson met ses compétences au service de l’information. Il documente alors la guerre civile espagnole, avant de passer trois ans comme prisonnier en Allemagne. Après une tentative d’évasion, le photographe réussit à fuir en 1943, et assiste et documente alors la Libération de Paris, avant de réaliser un documentaire sur le retour des prisonniers de guerre. Il se déplace alors d’un continent à l’autre et voit ses photos apparaître dans Paris-Soir, Paris-Match, France-Presse, Vu ainsi que d’autres magazines et revues. C’est seulement en 1946, à l’âge de trente-huit ans, qu’Henri Cartier-Bresson devient photographe professionnel.

Cartier-Bresson côtoie de plus en plus les grandes personnalités du photojournalisme, comme David Seymour, George Rodger et Robert Capa. Leur collaboration se transforme en 1947 en vraie coopération, nommée Magnum Photos, la première agence de photojournalisme indépendante. Les quatre fondateurs décident alors de se partager les continents : Cartier-Bresson doit réaliser des reportages en Asie, destination peu enviée en matière de nouvelles, à l’époque. Pourtant, les circonstances incroyables où se trouvera le photographe prouvent le contraire. À son arrive en Inde, Cartier-Bresson immortalise des moments de la marche du pays vers l’indépendance. Puis, il rencontre Gandhi quelques heures avant son assassinat, rendant Cartier-Bresson le seul photographe occidental à reporter les funérailles de Gandhi. C’est aussi le seul photographe occidental à assister à l’arrivée des troupes de Mao à Pékin, après s’être rendu au Pakistan, en Birmanie et en Indonésie lors des indépendances.

A son retour en Occident, le photographe est désormais une icône du photojournalisme. Puis, Cartier-Bresson se rend en URSS après la mort de Staline et à Berlin en 1962. Les années 1950 sont marquées par deux pertes tragiques : le collègue Capa perd la vie en 1954 pendant la guerre d’Indochine, et Seymour meurt lors de la crise du Canal de Suez la même année. Pour Cartier-Bresson, les années suivantes sont inconfortables face au nouveau tournant pris par Magnum, toujours plus liée aux lois du marché de l’information et désormais plus lointaine de l’éthique de liberté de presse pour laquelle l’agence avait été conçue. Il quitte alors l’agence Magnum.

Henri Cartier-Bresson a exploré le XXe siècle en traversant le monde et en enregistrant les plus grands événements des années 1930 aux années 1970. Il continue sa carrière en tant que photographe indépendant. Au cours des années 1950-60, il fait le portrait des célébrités contemporaines : Martin Luther King, Coco Chanel, Albert Camus, Che Guevara, Pablo Picasso, Marylin Monroe, Henri Matisse, Marcel Duchamp, Paul Eluard, Jean Paul Sartre, Truman Capote, Ezra Pound, Simone de Beauvoir et bien d’autres.

Néanmoins l’intense activité de portraitiste, Cartier-Bresson reste fidèle à l’éthique de photoreporter en multipliant les voyages. A l’aube des années 1970, Cartier-Bresson quitte définitivement la photographie, et se remet au dessin. En 2003, avec sa femme, il inaugure la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris, afin de regrouper ses œuvres et créer un espace d’exposition ouvert à tous les artistes. Henri Cartier-Bresson meurt le 3 août 2004 en Provence. La presse est unanime : “l’œil du siècle s’éteint”.

Intervention de Pierre Assouline

Pierre Assouline en discussion avec des élèves (crédit : LFIS)

Pierre Assouline en discussion avec des élèves (crédit : LFIS)

Pierre Assouline a très bien connu Henri Cartier Bresson, et l’aimait beaucoup. Aujourd’hui, il nous raconte à sa manière, sa fabuleuse histoire. L’écrivain commença à s’interroger sur la vie de Cartier-Bresson à partir de l’âge de 16- 17 ans. Il n’était pas ce petit ‘’fayot’’ de la classe mais un garçon qui s’intéressait à beaucoup de choses mais qui avait pour seule et unique passion : la photographie. Ce développement coïncide notamment avec l’ouverture de la première Fnac à Paris. Pour la première fois, il découvrit l’existence des appareils photos Leica et se mit immédiatement à la photographie. Il découvre aussi le talent du maître.

Pierre Assouline tentait régulièrement de rentrer en contact avec Cartier-Bresson pour lui demander des interviews, mais celui-ci demeurait inaccessible, refusant toute interview. Un beau jour, Assouline l’appela et finit par discuter avec lui pendant une heure. Cartier Bresson lui parlait très librement et sans retenue.

Mais n’est-ce pas une interview ? le questionna Pierre Assouline.

Les deux hommes tissèrent des liens et devinrent amis, malgré le fait que Cartier-Bresson avait 50 ans de plus que lui. Le début de 7 ans d’amitié formidable. « Ce qui compte c’est l’âge du regard »

Cartier Bresson avait cependant très mauvais caractère, et cette petite anecdote en témoigne : un jour, un photojournaliste voulu le prendre en photo, ce qu’il détestait et tout le monde le savait. Cartier Bresson sortit un couteau de sa poche et le journaliste fuit aussitôt. Ce personnage avait bel et bien une personnalité atypique et imprévisible, et c’est ce qui intriguait notre invité, avec le parcours du photographe dont il reprend une phrase : « J’ai éduqué mon regard ». La force de Cartier Bresson reposait sur sa vitesse de réaction face à une situation. Ses photos pouvaient parfois paraitre anodines, mais en vérité, la scène photographiée était le résultat d’une véritable composition. « C’est l’instant décisif » dit Cartier-Bression. Assouline considère plutôt « le génie de pouvoir saisir le moment ». Cartier Bresson laissait vaquer son imagination, appréciait le moment présent, s’imprégnait des atmosphères, n’hésitait pas à rester dans les endroits qui lui plaisaient. Avec des principes importants : ne jamais utiliser de flash, car selon lui c’était beaucoup trop agressif Il faut tout faire en lumière naturelle disait-il, sinon ce n’est pas de la photographie ! « Le moins important, c’est la technique, ce qui compte c’est l’émotion qu’on va y mettre »

Durant son intervention, Pierre Assouline nous confia que ce n’est que l’inconscient du photographe qui travaille. Cartier Bresson passait beaucoup de temps à regarder des tableaux et à s’imprégner des scènes qu’ils représentaient et de l’atmosphère qui s’en dégageait. Quand il se promenait dans la rue il photographiait mentalement et était naturellement attiré des scènes qui lui rappelait ces tableaux. « Commencer à vous imprégnez des photos et des tableaux, un jour ou l’autre ça ressortira ». Pour réaliser la biographie de Cartier Bresson, Pierre Assouline est seulement parti d’une intuition, d’une curiosité ; et a vécu deux à trois ans aux côtés du personnage, pour le comprendre. Selon lui, pour être journaliste, tout doit venir de la curiosité, sinon n’est pas du journalisme.

Nos curiosités…

Quels conseils donneriez-vous à un élève qui veut devenir journaliste ?

Tout d’abord, si je devais recommander des universités qui permettraient un métier de journaliste à la sortie je conseillerais d’abord Sciences-Po (école où Pierre Assouline est d’ailleurs enseignant) ou encore Khâgne/Hypokhâgne mais ça, c’est un autre niveau. Quant au universités anglaises je ne les connais pas. L’avantage des universités que je vous ai cité est qu’elles offrent un bagage culturel solide ce qui est à mon avis nécessaire pour être un bon journaliste.

Comment a évolué le journalisme et quel est son futur ?

Le journalisme a énormément changé entre le moment où j’ai commencé à travailler et aujourd’hui. Avant il fallait voyager, parfois durant des mois, pour obtenir les informations dont nous avions besoin et pour pouvoir écrire des articles pertinents. Aujourd’hui avec la création des réseaux sociaux, nous assistons à une dé-hiérarchisation de l’information. En effet l’information est aujourd’hui faite par les premiers qui la poste. Les gens achètent de moins en moins de journaux papiers et sont submergés par le flux continue d’informations auxquelles ils ont à faire via leurs réseaux sociaux (Twitter notamment) et ne sont pas capables de faire le tri entre une information probante et une simple rumeur montée de toutes pièces. Ceci n’est pas un reproche mais un constat, et la preuve est que même certains journaux reprennent ces « gossip » et en font de véritables articles. Il est évident selon moi que l’avenir du journalisme se fera au travers d’internet et des réseaux sociaux. Vous me direz que les grands journaux ont déjà lancés leur propre application, seulement pour avoir accès à toute l’information IL FAUT PAYER. Et c’est pour ça que ça ne marche pas, ce qu’il faudrait c’est créer un site gratuit, (qui vivrait des pubs, tout comme les vrais journaux) où de réels journalistes seraient capable de trier les informations pour leurs lecteurs afin de produire des articles probants. Avis aux futurs journalistes…

DE SALVIA Virginia, GIBLAS Gwenola et LEPEU Baptiste, 1ES2

 

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