L’importance de la soie au Cambodge

IMG_2256Elle est douce au toucher et aussi brillante qu’une étoile, oui nous parlons bien de la soie qui redonne des couleurs au Cambodge.

La soie a été découverte en Chine entre 3000 et 2000 av J.C. Grâce à ses nombreuses qualités, la soie a acquis une renommée et a commencé à voyager, d’abord en Asie par la « Route de la soie » puis elle a vu d’autres continents. Les Européens ont été fascinés dès l’Antiquité par cette fibre textile qui possède des qualités exceptionnelles et qui reflète l’image d’un Orient exotique. De nos jours encore, cette étoffe de luxe est produite un peu partout à travers le monde, mais majoritairement en Asie du Sud-Est. Les deux principaux producteurs sont la Chine et l’Inde. Le monde de la soie est très vaste et riche et nous allons nous intéresser à la soie au Cambodge.

IMG_2323La soie peut être produite par plusieurs différents arthropodes tels que les araignées, les chenilles et plus particulièrement celles que l’on nomme « vers à soie » (les bombyx du mûrier). Le Cambodge, comme de nombreux pays, produit la soie à partir  des cocons du bombyx. Ces cocons proviennent de séricicultures khmères situées dans les petites provinces du pays. Contrairement à la plupart des autres producteurs, le Cambodge utilise encore des procédés traditionnels pour produire une soie de haute qualité entièrement faite à la main.

IMG_2320Le bombyx est un animal qu’on ne trouve plus dans la nature, il est entièrement domestiqué pour la fabrication de la soie à partir de ses cocons.  Pour cela, la chenille ‘’bave’’ un fil de soie avec lequel elle va s’entourer pour former un cocon de couleur jaune. Il faut noter que la couleur des cocons varie (blanche, jaune, dorée, rose … ) selon les variétés des vers élevés. On va donc extraire un fil qui va subir différentes transformations. On commence par le dévidage : on tue l’animal, en l’étouffant, avant qu’il ne surgisse et abime le cocon, puis on immerge ces derniers dans de l’eau bouillante pour que la séricine (colle) se ramollisse. Après cela on passe au flottage et à la teinture. Grâce au dévidage, on obtient un fil de soie qu’on peut ensuite transformer en soie brute en utilisant la technique du flottage. Puis tard, la teinture permettra de donner des couleurs variées à la fibre obtenue. Les teintures utilisées sont issues de plantes ou d’arbres : l’amandier permet d’obtenir une couleur grise, l’indigotier toutes sortes de nuances de bleu… Toutes ces étapes permettent de préparer le fil pour l’étape suivante qui est le tissage.
IMG_2317On peut facilement reconnaître un châle de soie cambodgien à ses motifs traditionnels appelés Krama. Les motifs sont de simples petits carreaux formés par le croisement de bandes blanches et d’une autre couleur telle que le rouge, le bleu ou même le violet. Les fils de chaîne sont souvent terminés par des nœuds très serrés et raffinés. Quoique simples en apparence, les motifs sont extrêmement difficiles à obtenir. Le tissage est un procédé au cours duquel des fils sont entrelacés à angle droit pour former un tissu. Les fils verticaux (fils de chaine) dans le sens de la longueur viennent se nouer aux fils horizontaux (trames) dans le sens de la largeur. Faire un damier prend déjà beaucoup de temps mais l’Ikat (motif et technique de tissage traditionnels) en demande encore plus. L’Ikat est obtenu non seulement par le tissage mais aussi la teinture. Le dessin est d’abord créé par la teinture des fils de trames ou de chaine à des intervalles très précis. La juxtaposition des fils au moment du tissage révèle le motif désiré. Une étoffe de soie Ikat demande en moyenne 5 à 6 mois de travail.
IMG_2262Les techniques de fabrication de la soie au Cambodge justifient donc son prix élevé. La soie artisanale de ce pays doit faire face à une concurrence de plus en plus forte : l’industrie de la soie en Chine et au Vietnam produit en grosse quantité et à un prix très compétitif. Cependant, il faut prendre en compte le fait que cette production de masse n’est pas de la soie naturelle mais synthétique. A ces usines de soie synthétique s’ajoutent les usines de microfibre qui se développent. Ces tissus fabriqués à partir de produits chimiques et artificiels sont peu coûteux mais ils n’auront jamais les qualités exceptionnelles de la soie naturelle ; en effet, la douceur, la rigidité et la brillance de la soie naturelle ne peuvent être reproduites. La somptueuse soie véritable a aussi des qualités thermiques que beaucoup de personnes ignorent encore de nos jours.

IMG_2305Nous parlons de la production traditionnelle de la soie au Cambodge comme si c’était un merveilleux savoir-faire ancestral. Mais en réalité la reprise de sa production est toute récente. En effet, après la guerre civile particulièrement meurtrière (période des Khmers rouges), la production de la soie a été perdue. La guerre a fait disparaître une génération entière au Cambodge et c’est un événement dramatique pour de multiples raisons. L’une d’elles est le fait que le patrimoine culturel dont celui de la fabrication de la soie au Cambodge a failli disparaître. L’art de la soie se transmettait de mère en fille mais la génération détentrice de ce savoir-faire a malheureusement péri. Seules quelques survivantes ont encore cette précieuse connaissance et elles ont la grande générosité de le partager avec des jeunes filles. Ceci a été rendu possible grâce aux nombreuses associations créées pour garder ce trésor vivant. Parmi toutes les personnes qui ont compté dans ce domaine, il est important de citer M. Morimoto, un Japonais qui a été émerveillé par le travail de la soie au Cambodge par le passé.
Kikuo Morimoto a créé une association qui permet de fournir du travail aux femmes dans les districts ruraux. Cette association permet aux femmes d’avoir un revenu régulier et un passe-temps quand ce n’est pas la saison du riz, ce qui les libère de la dépendance des hommes. Toute jeune femme ayant la motivation et la volonté d’apprendre est accueillie chaleureusement dans cette association où des personnes maîtrisant encore les subtilités du tissage khmer apprennent aux plus jeunes l’art de la soie. Dans un pays comme le Cambodge où l’égalité des sexes n’est pas encore une réalité, Kikuo Morimoto est un acteur majeur.  Il est parvenu à créer une toute nouvelle forme d’industrie artisanale textile avec le peu de savoir cambodgien qu’il restait ; il a ainsi réussi à partager son amour pour ce tissu unique.
On peut dire que la « renaissance » de la soie au Cambodge est un facteur très positif pour le pays. Il suffit d’avoir vu les temples d’Angkor pour comprendre que les Cambodgiens ont un talent hors du commun pour certains domaines artisanaux et artistiques. La production de la soie en est un autre exemple…

Ophélie LUANGAMATH, Seconde

1 comment for “L’importance de la soie au Cambodge

  1. 22 septembre 2015 at 14:49

    Très bel article sur la soie au Cambodge et son utilisation avec notamment le tissage du krama, le foulard typique et ancestral du Cambodge. Bravo Ophélie !

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