Débarquement à Chemulpo

220 tués du côté russe contre aucun du côté japonais, voilà ce qui illustre la large victoire japonaise lors de la bataille de Chemulpo, le 9 février 1904. Le Japon voulait préserver son indépendance face aux Européens qui étaient de plus en plus présents dans la zone asiatique. Pour contrer cette présence croissante, les Japonais attaquent la flotte russe stationnée à Chemulpo en Corée pour regagner des territoires.

Les faits

Peinture représentant la destruction de la flotte russe par l’armée japonaise lors du débarquement de Chemulpo le 9 février 1904.

Peinture représentant la destruction de la flotte russe par l’armée japonaise lors du débarquement de Chemulpo le 9 février 1904.

Suite à la victoire des Japonais contre la Chine en 1895, l’expansion du pays inquiète les grandes puissances européennes qui tentent de limiter le débordement de l’empire nippon. Profitant de la situation, la Russie affirme sa situation en Extrême orient, annexe plusieurs territoires convoités par les Japonais. Pour s’opposer à cela, le Japon lance un ultimatum à Moscou. Le 8 février 1904 au soir, les Japonais attaquent par surprise l’armée russe à Port-Arthur (enclave russe en Chine), détruisant ainsi la flotte présente sur place et organisent aussitôt un blocus maritime.

Le lendemain, le Japon tente un nouveau débarquement, cette fois en Corée, à Chemulpo (aujourd’hui Incheon). Dans ce port mouillaient deux navires russes, le Varyag et le Korietz mais il y avait aussi la présence des Britanniques, des Français, des Italiens et des Américains, ces quatre nations ne prenant pas partie dans ce conflit. Cette situation profita aux Japonais puisque la flotte russe se trouvait coincée au milieu des autres flottes qui ne devaient pas être touchées par les événements du fait de leur neutralité. Pour riposter, les Russes durent alors sortir du port pour aller au contact des Japonais, mais l’amiral Uryu avait prévu cette situation en déployant les 15 navires dont il disposait, ce qui lui permit de détruire facilement la flotte russe.

L’amiral Sotokichi Uryu

L’amiral Sotokichi Uryu

Les pertes du côté russe furent nombreuses et les conséquences sur les suites de la guerre tragiques puisque ce débarquement réussi des Japonais leur permit rapidement d’annexer la totalité du territoire coréen, et fait pré-sentir la victoire du Japon.

L’amiral Sotokichi Uryu et l’amiral Vsevolod Rudnev, à la tête des flottes présentes à Chemulpo

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L’amiral Vsevolod Rudnev

Cette attaque japonaise sur une base russe n’est pas sans nous rappeler l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941 puisque toutes deux ont été des exemples des stratégie de la part des Japonais et ces deux attaques ont entrainé l’entrée dans un conflit des pays attaqués. En effet, ce n’est qu’après cette attaque de Chemulpo que la Russie entre officiellement en guerre contre le Japon et il en fut de même pour les Etats-Unis en 1941, qui n’étaient avant l’attaque de Pearl Harbor pas entrés dans la guerre mondiale.

En septembre 1950, c’est aussi à Incheon que les Américains décident d’effectuer leur attaque pendant la guerre de Corée pour repousser les troupes nord-coréennes.

Visions de la presse

Couverture du Petit Parisien avec le commentaire suivant : « Le drame de Chemulpo / Les marins du « Varyag » accueillent par des hourras frénétiques l’annonce du combat ».

Couverture du Petit Parisien avec le commentaire suivant : « Le drame de Chemulpo / Les marins du « Varyag » accueillent par des hourras frénétiques l’annonce du combat ».

L’attaque de Port-Arthur a littéralement changé le point de vue dans le grand reportage de guerre de la presse française ou s’opposent depuis cela le Matin et le Journal. C’est grâce à cette guerre russo-japonaise que le reportage de guerre prend son essor.

La plupart des informations provenait des journalistes britanniques, ou alors des militaires.

Le Temps et le Figaro envoient un journaliste côté russe et japonais mais Le Matin fournit le plus gros effort en envoyant 3 journalistes interroger les survivants russes du combat de Chemulpo où leurs navires ont été coulés dans la rade.

Une raison politique permet d’abord un soudain intérêt portée pour cette région du monde puisqu’un pays asiatique s’attaque à une grande puissance européenne; mais depuis peu l’empire russe est devenu le grand allié d’une France isolée (face a l’Allemagne) depuis 1871. L’escadre Française à Krondstadt ainsi que la flotte russe à Toulon sont la conséquence d’une amitié franco-russe, bien mises en scène dans la presse.

L’opinion publique française a été préparée a suivre avec intérêt la confrontation de son nouvel allié, la Russie avec le Japon.

On comprend donc que l’annonce de la guerre fut une grande motivation pour les marins russes, mais ils ne s’attendaient pas à subir une telle défaite…

Les correspondants de guerre envoyaient des communications brèves télégraphiques, les dépêches, publiées assez rapidement. De longues lettres étaient aussi envoyés mais celles ci prenaient plusieurs semaines pour être publiées. Ces informations avaient pour but de décrire les observations faites pas les reporters sur place, en donner leurs réactions ainsi que leurs sentiments. Ces reportages permettent également de connaître l’étrangeté de ces mondes qui paraissent lointains pour la France à cette époque, le tragique et l’horreur des combats. En effet, les lettres de Ludovic Naudeau dans Le Temps donnent de la guerre une image inédite, terrible. Les conflits européens ne connaissaient pas encore l’artillerie de canons ou même les pilonnages. Il voit également s’enfuir de Port-Arthur en juillet 1904, la population civile terrorisée, soumise à un bombardement massif.

De plus, les témoignages de Gaston Leroux auprès des rescapés, lors du récit du combat naval de Chemulpo, semble être trop atroce pour ne pas être suspect de mise en scène : « le pont ruisselait de sang et était couvert de débris humains […] Et de la cervelle, des morceaux de cervelle sur lesquels on glissait… ».

Sur le front, les hommes ont froid et sont mal nourris, il manquent d’eau; quel que soit le temps ils s’enterrent pour éviter les éclats d’obus.

Illustration caricaturale représentant la Russie (à travers l’ours) et le Japon (avec le petit bonhomme dans l’habit traditionnel). On voit ainsi le face à face entre la Russie et le Japon qui les a opposés durant cette guerre. Et comme souvent durant le conflit où le Japon a mené beaucoup d’offensives, il s’agit ici aussi du Japonais qui tente de traverser la mer pour aller sur le territoire de l’ours et de s’en emparer.

Illustration caricaturale représentant la Russie (à travers l’ours) et le Japon (avec le petit bonhomme dans l’habit traditionnel). On voit ainsi le face à face entre la Russie et le Japon qui les a opposés durant cette guerre. Et comme souvent durant le conflit où le Japon a mené beaucoup d’offensives, il s’agit ici aussi du Japonais qui tente de traverser la mer pour aller sur le territoire de l’ours et de s’en emparer.

Ensuite, au début du 20ème siècle, la Corée n’était pas puissante et n’avait d’autre choix que d’être neutre dans ce conflit russo-japonais en subissant l’occupation de son territoire, comme le prédisait le général Yong Chang Min à l’époque dans Le Petit Journal : « je crains hélas ! Pour mon pays, que ce ne soit en Corée que se rencontrent tout d’abord les armées russes et japonaises ». Cependant, la population coréenne est présentée comme plutôt favorable aux Russes : « la population toute entière de la Corée réservera a l’armée russe l’hospitalité la plus sympathique ».

La population coréenne n’avait donc pas choisi le camp des vainqueurs puisque le Japon a largement dominé cette guerre comme le montre le premier débarquement japonais en Corée à Chemulpo et qui nous est relaté par le Petit Journal. Celui-ci explique ainsi que « M.Pawloff, ministre de la Russie à Séoul, aurait demandé au docteur Allen, ministre américain, de faire transporter les survivants à Shangaï ou à Tché-Fou, en qualité de non combattants à bord de deux transports américains qui se trouvaient alors mouillés à Chemulpo ». Cette demande du ministre russe montre ainsi la panique qui était palpable dans son camp, incapable de transporter ses blessés étant donné que tous ses navires furent détruits par l’armée japonaise.

Les événements de Chemulpo nous rappellent qu’au cours de la Première Guerre mondiale, de nombreux débarquements eurent lieu. Notamment aux Dardanelles en 1916, qui reste l’un des plus marquants puisque l’Empire Ottoman qui apparaissait pourtant moins puissant que les Anglais et les Français a réussi à repousser cette attaque.

L’importance de l’engagement du Japon en Corée permet aussi de montrer le poids des rivalités coloniales dans le monde entier. On a en effet tendance à ne parler que des grandes puissance coloniales européennes mais en Asie orientale aussi des rivalités existaient pour s’accaparer des territoires.

La guerre russo-japonaise permit l’essor du journalisme de reportage en France du fait des différents journalistes envoyés sur le terrain pour couvrir les événements.

Thibault Roche et Léna Clevenot Tle ES

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