Guerre totale en Corée ?

6 et 9 Août 1945, les villes d’Hiroshima et de Nagasaki sont détruites grâce à une nouvelle arme, la bombe atomique. Cette destruction massive marque la fin de plus de 50 ans de conflits en Asie impliquant le Japon. Suite à cela, l’indépendance de la Corée est déclarée la même année, libérant ainsi ce pays de l’emprise japonaise.

La capitulation du Japon en septembre 1945 met fin, aussi, à une suite de conflits dont deux mondiaux, tout au long de cette 1ère moitié du XXème siècle.

Si pour de nombreux auteurs, la première guerre mondiale est la matrice du court XXème siècle, cette longue série de guerres et conflits que connaissent les États développés commencent, au fond en Asie orientale et en particulier avec la guerre russo-japonaise qui s’est déroulée du 8 février 1904 au 5 septembre 1905. Ce conflit opposa l’Empire russe, l’homme malade de l’Europe à l’Empire japonais.

Plus de 2 millions d’hommes se sont combattus, faisant 156 000 morts et 280 000 blessés. Pour la première fois, une puissance asiatique défait un Etat européen. L’essentiel de ce conflit se déroule sur la péninsule coréenne et dans le nord de la Chine. Cette guerre impliqua l’emploi de techniques les plus modernes de l’art de la guerre.

Le déroulement de la guerre

Carte de la Guerre Russo-Japonaise de « Le Petit Parisien »

Carte de la Guerre Russo-Japonaise de « Le Petit Parisien »

La guerre commença en février 1904, par une attaque surprise des Japonais sur l’escadre russe de Port-Arthur et sur les navires ennemis stationnés près du port d’Incheon situé en Corée. En effet, cette attaque a eu lieu avant la déclaration officiel de guerre.

Ainsi, les troupes japonaises débarquèrent en Corée pour occuper Séoul et progressèrent vers le Nord et une seconde armée dirigée par le général Yasukata Oku composée 35,000 hommes débarqua près de la rivière Yalu pour couper les communications entre Port-Arthur et le reste de l’armée russe. Le débarquement des Japonais est contre l’accord fait par Tokyo et Saint-Pétersbourg en 1898 : la Russie et le Japon ne devaient en aucun intervenir dans les affaires intérieures de la Corée et la Russie s’engageait à respecter les intérêts commerciaux du Japon mais aussi au traité d’alliance militaire fait par le Japon et la Corée en 1894.

L’occupation de la Corée par les Japonais, « Petit Parisien »

L’occupation de la Corée par les Japonais, « Petit Parisien »

Début 1905, les Russes coupèrent le ravitaillement des Japonais au nord de Liao-Yang en utilisant la cavalerie pour des reconnaissances et des débordements des flancs du front adverse. Ceci permit de renforcer leur position stratégique.

Ce renforcement obligea les Japonais à prendre Port-Arthur. C’est ainsi qu’en juin 1905, la 3e Armée japonaise, sous les ordres du général Nogi Maresuke, assiégea Port-Arthur avec plus de 100 000 hommes et 400 canons. Durant ce siège, les Japonais utilisèrent des missions-suicides, plus connues sous le nom des attaques kamikazes, qui seront réutilisées lors de la guerre du Pacifique contre les Américains.

Les 50 000 Russes arrivèrent à repousser les nombreuses attaques ennemies mais cet assaut se termina par la capitulation des Russes en janvier 1905 causant de nombreuses pertes chez les Japonais.

La perte de Port-Arthur obligea les Russes de déplacer alors leur centre d’opérations vers le nord.

Pendant ce temps, les Russes se replièrent à la bataille de Taschichao où ils affrontèrent la 2e Armée japonaise.

En août, la grande bataille de Liao-Yang éclate et se termina en septembre par la retraite des Russes.

Le 5 octobre, l’armée russe lança une contre-offensive dans le secteur de Shah-ho qui se résulta par leur défaite.

Le mois suivant, la bataille de Mukden éclata et dura une vingtaine de jours. Cette bataille se conclut par la victoire des Japonais.

La défaite Russe lors de la bataille de Mukden paru dans « Le Petit Journal »

La défaite Russe lors de la bataille de Mukden paru dans « Le Petit Journal »

Le lendemain de la bataille, les Russes ne perdirent pas espoir car ils reçurent des renforts par voies ferroviaires grâce au Transsibérien. Le retard des renforts s’expliqua par la distance à parcourir par les renforts pour rejoindre l’armée.

En mai 1905, une patrouille japonaise ayant vu les escadres russes arrivées, la marine japonaise les intercepta et les encercla en barrant la route aux escadres russes dans le détroit de Tsushima qui se trouva entre le Japon et la Corée. Ainsi la bataille navale de Tsushima s’engagea, les Russes, dirigés par le vice-amiral Rozhdestvenskiy, disposèrent de 8 cuirassés, 9 croiseurs dont 1 fut blindé, 3 navires de défense côtière et des petites embarcations diverses, contrairement aux Japonais, dirigés par l’amiral Togo Heihachiro, disposèrent de 4 cuirassés, 24 croiseurs dont 8 furent blindés. Les Russes avaient à leur disposition seulement 228 canons alors que les Japonais en avaient 910. Seuls un croiseur et deux navires-torpilleurs russes survécurent.

Les bâtiments japonais étant équipés de télémètres, un outil permettant une précision de tir supérieure et ayant utilisés des obus incendiaires, eurent l’avantage.

Après cette défaite, les Russes demandèrent la paix et la négociation se fit à Portsmouth aux Etats-Unis le 5 septembre 1905.

Au total, l’armée russe fut constituée de plus de 100 000 soldats avec 25 000 soldats recrutés localement et de 200 canons. Leur flotte de guerre comprenait 63 bâtiments dont 7 cuirassés et 11 croiseurs.

Du côté de l’armée japonaise, il y avait 375 000 soldats mobilisés avec 1 100 canons et 150 mitrailleuses, et une flotte de guerre contenant 80 bâtiments dont 6 cuirassés et 20 croiseurs.

L’armée Japonaise

Avant et durant la guerre russo-Japonaise, l’armée japonaise évolua. Elle fut nommée l’Armée impériale japonaise (Dai-Nippon Teikoku Rikugun) et elle s’inspira des pays d’Occident pour se moderniser, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, etc. Les militaires français ont entrainé la garde impériale japonaise, qui devint plus tard le noyau dur de l’Armée impériale japonaise. Les officiers japonais de l’Armée impériale furent formés par des officiers issus des armées occidentales (américains, britanniques, allemands et français.)

Les dirigeants de cette armée furent principalement des anciens samouraïs ayant perdu leur statut à cause de la réforme de l’ère Meiji. Ceci permit de transmettre le bushido en sein de cette armée, le bushido étant le code des principes moraux des samouraïs. Il était associé à 7 vertus qui furent la droiture, le courage, la bienveillance, la politesse, la sincérité, l’honneur et la loyauté.

Représentation de l’uniforme japonais paru dans « Le Petit Journal »

Représentation de l’uniforme japonais paru dans « Le Petit Journal »

Les uniformes de l’armée japonaise ressemblaient beaucoup à ceux portés par les soldats français au début de la Première Guerre Mondiale. En effet, la cavalerie de la garde impériale portait une tunique bleu foncé avec des hauts-de-chausses rouges et un képi rouge. Les soldats d’infanterie de la garde impériale portaient un uniforme bleu foncé avec des jambières blanches et un képi à ruban rouge contrairement aux autres soldats d’infanterie qui portaient un képi à ruban jaune. Par temps chaud, un uniforme en lin blanc fut porté par les soldats.

Une modernisation

Nous pouvons considérer cette guerre comme une guerre de modernisation.

L’innovation technologique dans les combats terrestres et navals est importante. En effet, les Japonais utilisaient la TSF (radiotéléphonie) en mer et nous avons aussi l’utilisation du téléphone dans les combats terrestres pour permettre de coordonner les attaques.

Il y aura une utilisation massive des mitrailleuses, des mortiers, des grenades, des mines terrestres et marines, mais aussi des moyens de transport comme les sous-marins et les trains.

Les Russes étaient équipés d’une artillerie moderne, étant donné qu’ils avaient des canons de 76mm à leur disposition et des canons datant d’une autre époque.

Les Japonais utilisaient la mitrailleuse pour couvrir les infanteries en empêchant les ennemis de s’approcher.

Conclusion

Bataille de Mukden « Le Petit Journal »

Bataille de Mukden « Le Petit Journal »

Cette guerre rappelle sans doute les batailles de l’Époque napoléonienne.

En effet, il faut savoir que la stratégie des guerres napoléoniennes (guerre de mouvement) repose sur l’utilisation des infanteries légères mais aussi de la cavalerie et les 2 armées se chargèrent de manière répétitive. Ce qui est d’ailleurs le cas pour quelques batailles russo-japonaises comme la bataille de Mukden. Les différentes armées attaquaient les flancs ennemis pour les déstabiliser et le conflit dans la péninsule coréenne est bien une guerre de mouvement tandis que le siège de Port-Arthur renvoie à une guerre de position.

Guerre de siège qui ressemble beaucoup aux guerres de tranchées lors de la Première Guerre Mondiale. La guerre de Crimée avait déjà connu ce genre de combat mais aussi la guerre civile américaine. Le siège de Port-Arthur en est le parfait exemple. Pendant que l’armée russe défend une position (ici la forteresse de Port-Arthur), l’armée japonaise, qui contrôle la mer Jaune, sacrifie de nombreux soldats en utilisant différentes stratégies (contourner la position ennemie, attaques kamikazes, etc.) jusqu’à l’épuisement de l’armée russe. Cette guerre est aussi, dans une certaine mesure, comme le soulignait Ludendorff sur le front de l’ouest en 1916, une guerre de matériel. Ravitailler des troupes loin de leurs bases en particulier avec du matériel militaire de plus en plus sophistiqué. Cette guerre russo-japonaise, qui se déroule partiellement en Corée, et dont elle est l’enjeu, annonce la guerre totale à venir ?

Joseph Kim Tle ES

Sources :

http://www.theatrum-belli.com/archive/2010/03/09/1904-1905-la-guerre-russo-japonaise.html

http://www.bibliomonde.com/livre/guerre-russo-japonaise-sur-mer-1904-1905-2657.html

http://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-russo-japonaise/

http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/guerre_russo-japonaise/141839

http://carlpepin.com

BD Pratt H. « La jeunesse de Corto » Maltese, éditions Casterman

Images « Le petit journal »

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