Elisabeth Carniel : voyage au cœur de la peste

Le 7 mai, le professeur Elisabeth Carniel est venu présenter ses recherches sur la peste aux élèves de terminale S du lycée français de Hong Kong. Chef de l’unité de recherche sur cette maladie à l’Institut Pasteur de Paris et directrice d’une unité de l’OMS sur la Yersinia Pestis, cette experte mondialement reconnue a rappelé aux élèves et aux professeurs présents que, malheureusement, la peste était toujours d’actualité, avec plus de 35 000 cas recensés dans la dernière décennie.

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Le professeur Elisabeth Carniel est une autorité mondiale très reconnue dans le domaine médical. Sa spécialité, la peste. Caféscientifique, Hong Kong

Cette découverte a surpris les terminales. Ils avaient, bien sûr, entendu parler de la grande Peste Noire de 1348 qui ravagea l’Europe et tua un tiers de sa population, mais ils croyaient le fléau éradiqué de nos jours. Bien que la maladie se manifeste surtout dans des régions telles que l’Afrique subsaharienne, Madagascar ou l’Asie Centrale, des cas sont recensés chaque année dans des pays développés. La preuve, un cas s’était déclaré il y a trois semaines aux Etats-Unis.

Le docteur Carniel a fait un peu d’histoire et a retracé le parcours de la maladie. Trois grandes pandémies de peste se sont déclarées au cours de notre ère, chacune avec une portée géographique plus importante que la précédente. Si la peste de Justinien au VIe et VIIe siècles se limita au bassin méditerranéen, la Peste Noire du XIVe siècle partit d’Asie Centrale pour toucher toute l’Europe. Enfin la troisième épidémie de peste toucha les cinq continents, tout en engendrant beaucoup moins de victimes que les deux précédentes.

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Le Dr Alexandre Yersin découvre le bacille de la peste à Hong Kong, en 1894, dans des conditions pour le moins précaires puisqu’il avait pour tout laboratoire, cette paillote. (Source : Institut Pasteur).

Restons un peu sur cette dernière épidémie du XIXe siècle. Partant du Yunnan en Chine, d’où son surnom de « peste de Chine », l’épidémie commença à se propager dans le monde entier à partir d’un port situé non loin de là…. Hong Kong ! C’est donc dans notre ville que l’Institut Pasteur envoya le chercheur Alexandre Yersin étudier la maladie. En 1894, le bacille de la peste est identifié et sera plus tard nommé en son honneur ; on parle de Pasteurella pestis puis de Yersinia pestis. C’est d’ailleurs à l’occasion du 120e anniversaire de la découverte de ce bacille que le professeur Carniel a inauguré une exposition à ce sujet au musée des sciences médicales de Hong Kong.

Le docteur Carniel a ensuite expliqué aux terminales les différentes formes de peste et comment elles sont transmises. La peste bubonique, la plus courante, se caractérise par l’apparition de bubons sur la peau et de la fièvre. La peste septicémique est quant à elle une complication de la première et la peste pulmonaire, forme la plus grave, se produit lorsque le bacille infecte directement les poumons par voie orale, et non par infection cutanée. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on avait que peu de connaissances sur comment la peste se transmettait. Mais à présent on sait que le rat est l’hôte de propagation c’est-à-dire que c’est lui qui transporte le bacille.

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Photographies de boîtes de cultures observées sous microscope avec le bacille de la peste (Source : Institut Pasteur).

En revanche, c’est la puce qui assure l’infection. Il faut donc que l’homme soit piqué par une puce pour qu’il contracte la maladie. Cependant le professeur a admis que de nombreux aspects de la peste étaient encore mystérieux, tel que son habilité à resurgir après de nombreux siècles de relative absence.

Heureusement, de nos jours, des antibiotiques peuvent être utilisés pour traiter une infection et les taux de mortalité diminuent en-dessous de 10%. Il faut cependant rester vigilant car certaines zones ne sont pas à l’abri d’une nouvelle épidémie, c’est là une partie du travail de surveillance de l’OMS. L’entretien s’est conclu sur une note pessimiste.

Si pendant une grande partie du XXe siècle l’homme a vacciné contre la maladie et prévenu son éventuel retour, nous sommes beaucoup moins vigilants aujourd’hui. Selon le professeur, de nombreuses normes d’hygiène ne sont plus respectées et le vaccin est de moins en moins produit, ce qui pourrait à terme conduire à une résurgence de la maladie et confirmer ce qu’affirmait Camus à la fin de sa Peste, lorsque la maladie « réveillerait ses rats » une nouvelle fois.

Thomas Hobbs-Martin, TS2.

 

1 comment for “Elisabeth Carniel : voyage au cœur de la peste

  1. Lorfil
    14 juin 2014 at 18:27

    Très belle article!

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