Rencontre avec Malik Peiris, co-découvreur du SRAS

En mars 2013, Hong Kong a célébré les dix ans de la fin de l’épidémie du SRAS, une épidémie qui a fortement marqué Hong Kong qui en était au cœur. C’est à cette occasion que le lycée français international Victor Segalen a organisé une conférence avec le professeur Malik Peiris, un des chercheurs ayant travaillé sur le virus du SRAS durant l’épidémie de 2003. Il est célèbre pour avoir participé à l’identification du virus, une opération cruciale lors de la lutte contre l’épidémie. L’épidémiologie est une science dont les principes sont peu connus et rarement abordés en cours… Voici quelques éléments issus de cette conférence.

L’épidémiologie

Malik Peiris a passé presque deux heures avec les élèves du lycée. Des aspects historiques aux implications sociales en passant par des explications techniques, il a montré toute l’étendue de son métier (crédit : LFI)

Les épidémies sont des phénomènes naturels. Etymologiquement une épidémie est la propagation d’une maladie dans une population ([épi] veut dire « sur » et [demos] « le peuple » en grec). Historiquement, elles ont toujours existé et ont toujours eu un fort impact sur les hommes ; il suffit de citer la Peste Noire de 1348 pour comprendre l’impact (on parle de 40% de la population européenne décimée) mais également l’importance de la prévention.

Ainsi, mis à part l’étude des maladies, l’épidémiologie a pour but de limiter la progression des épidémies et de déterminer les stratégies les plus efficaces pour enrayer leur évolution. A partir de l’observation de phénomènes connus, il est possible de savoir les paramètres qui les régulent puis d’essayer de modifier ces paramètres. Par exemple, dans le cas des épidémies, il existe quelques paramètres principaux : la virulence, la taille de la population, la part de personnes sensibles à cette maladie, le taux de décès et la probabilité de guérison. On peut modifier ces paramètres lors des campagnes de lutte épidémiologique, comme lors de la vaccination de masse qui fait diminuer la part de personnes sensibles en immunisant un grand nombre de personnes.

Le SRAS – historique

Le virus

Lors du SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère, dit SARS en anglais), des chercheurs comme Malik Peiris, ont tenté de mettre fin à la maladie. Afin d’y parvenir, ils ont commencé par identifier la cause de la maladie. Le fait qu’elle se soit propagée sur tous les continents permettait d’exclure la possibilité d’une épidémie de pneumonies due à des facteurs environnementaux. En effet, il est très peu probable de retrouver les mêmes conditions environnementales au même moment sur plusieurs continents. Ainsi, ils ont pu en déduire que la maladie était causée par un agent pathogène. Suite à l’observation au microscope des cellules atteintes de la maladie, les chercheurs ont pu déterminer que le SRAS était un virus. Finalement, ils ont conduit des études sur les malades avec une technique d’identification par anticorps (fig.1) afin de vérifier qu’il n’y avait qu’un seul virus et que ce virus était réellement inconnu. Malik Peiris a raconté la trépidante période de l’épidémie à Hong Kong, une époque de tensions incroyables où il rentrait rarement chez lui…

En répétant cette opération avec un grand nombre de malades, il a été possible de mettre en évidence le rôle du virus dans la maladie du SRAS. L’identification du virus a permis de lancer la recherche d’un vaccin qui aurait pu se révéler crucial si l’épidémie avait duré plus longtemps, mais également de connaitre les moyens de transmission de cet agent pathogène.

Dans le cas du SRAS, l’identification des moyens de transmission a permis de lancer de vastes campagnes visant à promouvoir, notamment, le port du masque, considéré comme un des facteurs les plus importants dans le contrôle de l’épidémie, au même titre que la quarantaine systématique.

Cette quarantaine a permis de limiter fortement la transmission. En effet, selon le professeur Peiris, s’il y a quelque chose de positif avec le SRAS c’est que la quarantaine s’effectuait presque d’elle-même. Le SRAS est une maladie relativement grave, qui nécessite, la plupart du temps, une hospitalisation. Toute personne atteinte du SRAS était facilement repérée car elle devait se rendre dans les hôpitaux. Ainsi, il a été facile de contenir l’épidémie.

Pourtant, si la maladie était si facile à contrôler, il est légitime de se demander pourquoi elle a eu un tel impact sur le monde. Premièrement, s’il y a eu autant de personnes touchées c’est parce que la maladie est extrêmement contagieuse et que, souvent, le personnel médical était touché par cette maladie. De plus si la maladie a été aussi répandue dans le monde, c’est à cause d’une incroyable coïncidence. A l’origine, la maladie est arrivée à Hong Kong suite à la visite d’un médecin chinois qui, lors de son séjour à Hong Kong a infecté six personnes dont trois qui sont reparties pour le Vietnam, le Canada et Singapour. Chacune des six personnes infectées ont été responsables d’entre 7 et 200 cas. Cet exemple est une illustration des nouveaux défis des épidémiologistes. En effet, en une semaine, le SRAS est passé du stade d’épidémie au stade de pandémie (une épidémie aux dimensions mondiales), ce qui montre l’importance que va avoir le contrôle des épidémies dans les années à venir.

Les nouveaux défis

Malik Peiris en 2003, au moment de la découverte du SRAS (crédit : Institut Pasteur)

Si cette épidémie s’est propagée aussi rapidement, c’est dû aux effets de la mondialisation. hong kong est l’un des grands hubs aériens d’asie et donc un des lieux où le transit des passagers (et des agents pathogènes qu’ils transportent) est le plus important au monde. la rapidité et la quantité du trafic de passagers sont des facteurs accélérant la propagation des épidémies. il suffit de regarder les mesures prises lors d’épidémies récentes pour s’en convaincre : lors du h1n1 la plupart des voyageurs étaient testés pour voir s’ils étaient infectés et le professeur prévoyait déjà, en mars, que ce serait sûrement le cas lors de l’épidémie à venir de h7n9 !

Après le sras, il s’est également posé la question de la manière dont cette maladie était apparue. après examen, les chercheurs ont déterminé que le sras faisait partie du groupe des coronavirus, une famille de virus méconnue généralement présente chez les chauves-souris. ce virus a pour particularité de pouvoir se transmettre à l’homme. selon, malik peiris, le sras pose la nécessité d’une santé animale, même si ce projet est légèrement utopiste, ce serait un des moyens d’éradiquer les épidémies en supprimant les réservoirs à maladies, les maladies animales comme la grippe porcine/aviaire une mesure qui aurait pu se révéler utile en chine pour empêcher l’épidémie de h7n9.

Suite à cette conférence, le professeur malik peiris nous a fait part de son opinion sur le futur des épidémies. selon lui, l’épidémiologie est une science appelée à évoluer pour faire face aux épidémies futures qui seront radicalement différentes des épidémies traditionnelles du fait de l’évolution des souches et de l’interconnexion toujours plus forte entre les populations. les épidémies étant un des seuls phénomènes naturels à pouvoir avoir un fort impact sur les hommes, l’homme doit toujours avoir une compréhension et un contrôle relatif des épidémies afin de mieux les prévenir et de garantir la sécurité sanitaire de chacun.

Romain Clément de Givry, Première S

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